Inquiétudes face aux changements climatiques

Les craintes des conséquences du réchauffement climatique ne sont plus le lot d’une poignée d’écologistes ou de quelques scientifiques excentriques.  Reconnu par la majorité de la population, ce phénomène  préoccupe désormais un nombre croissant d’individus et d’organismes.

En Europe

Le réassureur allemand Munich Re a récemment publié une étude  indiquant que les catastrophes climatiques augmentent, et ce principalement en Amérique du Nord.  Ainsi, cette étude estime que « entre 1980 et 2011, les catastrophes climatiques ont coûté la vie à quelque 30 000 personnes et occasionné plus de mille milliards de dollars de dégâts sur le continent nord-américain».  On apprend également que « Nulle part ailleurs dans le monde la hausse du nombre de catastrophes naturelles n’est plus évidente qu’en Amérique du Nord.  Le nombre de catastrophes climatiques a presque quintuplé en Amérique du Nord sur les trois dernières décennies, alors qu’il a été multiplié par 4 en Asie, par 2,5 en Afrique, par 2 en Europe et par 1,5 en Amérique du Sud ».  Les auteurs établissent un lien entre ces catastrophes et le réchauffement climatique, ainsi qu’entre ce dernier et l’activité humaine.

Les assureurs sont des gens sérieux, posés.  Ils analysent en profondeur les faits, compilent minutieusement les données, évaluent avec grande attention les risques ; leur rentabilité dépend essentiellement de la rigueur de ce travail.  Nous sommes loin ici du domaine de la simple opinion.

Aux Etats-Unis

BusinessWeek blâme dans un article percutant le réchauffement climatique suite au passage dévastateur de Sandy.  L’ouragan a durement touché le New-Jersey et New York, forçant l’évacuation de centaines de milliers de personnes, en privant 8 millions d’électricité, paralysant les transports, causant des dommages estimés pour l’instant entre 30 et 50 milliards de $ et faisant 85 morts.

Aux Nations Unies

Le 9 novembre dernier, devant l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a que l’une des principales leçons à retenir de la super-tempête Sandy est la nécessité d’agir de façon internationale pour gérer les futurs chocs climatiques.

«…nous savons tous une chose :  les phénomènes extrêmes liés aux changements climatiques sont la nouvelle norme», a dit M. Ban. « C’est peut-être une vérité inconfortable, mais si nous l’ignorons, ce sera à nos risques et périls.»

Le secrétaire général de l’ONU a pressé les dirigeants du monde de se mettre d’accord sur un accord juridiquement contraignant d’ici 2015 afin de limiter l’émission des gaz à effet de serre qui cause le réchauffement climatique.

Ban Ki-moon a souligné que les meilleurs scientifiques du monde avaient sonné l’alarme au sujet des changements climatiques, et que les citoyens avaient vu de leurs propres yeux la dévastation causée par des tempêtes comme Sandy, qui a fait plus de 170 morts dans les Caraïbes et dans le nord-est des États-Unis, principalement à New York et au New Jersey.

«On ne peut détourner le regard, continuer de faire comme si de rien n’était en espérant que la menace diminuera ou disparaîtra», a-t-il prévenu.

«Notre défi est clair et urgent: réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer notre capacité d’adaptation aux chocs climatiques encore plus grands qui nous guettent, peu importe ce que nous ferons, et tenter de conclure un accord juridiquement contraignant d’ici 2015, comme les États ont accepté de le faire à Durban», a souligné M. Ban.

Pour le secrétaire général de l’ONU, la lutte contre les changements climatiques est une occasion d’engager le monde vers une voie plus durable, ce qui permettra de créer des emplois et de nouveaux systèmes d’énergie, et mènera à une plus grande stabilité.

Lire le texte de Edith M. Lederer, Associated Press – New York, repris par LaPresse.ca

La Banque mondiale

Finalement, Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, a soutenu que la responsabilité de l’homme dans le réchauffement du globe est « sans équivoque ».

Quelles seront les conséquences ?

La Banque mondiale redoute une hausse de la température du globe de 4 °C dès 2060, bien au-delà du garde-fou posé par la communauté internationale, et s’alarme du « cataclysme » qui frapperait alors les pays pauvres, selon un rapport publié dimanche à Washington.

« Un monde à +4 °C déclencherait une cascade de changements cataclysmiques, dont des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes », résume la Banque mondiale, ajoutant qu’il n’y a « aucune certitude » que le globe pourra s’adapter à une telle situation.

« Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire », déclare le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, soulignant que la responsabilité de l’homme dans le réchauffement du globe est « sans équivoque ».

Listant les dangers qui menaceraient alors la planète (inondations, sécheresses, malnutrition…), l’institution prédit une aggravation des pénuries d’eau en Afrique de l’Est, au Moyen-Orient, ou en Asie du Sud et un « rebond significatif » de la mortalité infantile en Afrique subsaharienne.

« L’intensification prévue des événements climatiques extrêmes pourrait inverser les efforts pour réduire la pauvreté, particulièrement dans les pays en développement », résume le rapport, assurant que la planète serait encore « plus inégalitaire » qu’à l’heure actuelle.

« Il faut faire baisser la température, et seule une action internationale concertée et rapide peut y contribuer », clame la Banque mondiale, appelant à une utilisation plus « intelligente » de l’énergie et des ressources naturelles.

Lire le compte-rendu de l’Agence France-Presse, repris par Le Devoir, ainsi que le texte du Guardian.

Le problème du réchauffement climatique ne semble plus faire de doute.  Il faut maintenant s’y attaquer de façon réaliste et déterminée.  Sans contredit, il s’agit du défi majeur de la prochaine décennie.  Et qui devient de plus en plus pressant : le Forum économique international pour les énergies renouvelables (IWR)  vient d’annoncer que les émissions de dioxyde de carbone dans le monde ont atteint en 2011 un nouveau record avec un total de 34 milliards de tonnes rejetées dans l’atmosphère. Selon le directeur de l’organisme, «Si la tendance actuelle se maintient, le rejet mondial de CO2 en 2020 va croître de 20%, au-delà de 40 milliards».   Au travail !