Simplicité… électorale!

Je n’aime pas me laisser aller à la déprime. Et pourtant, le résultat des dernières élections municipales au Québec, et en particulier à Montréal, a tout pour me décourager, à la fois comme simplicitaire et comme simple citoyen.

La simplicité volontaire (SV) est au service du bonheur véritable (par opposition aux plaisirs que procure la satisfaction immédiate de nos innombrables désirs) et elle mise pour cela sur la priorisation de l’essentiel. Et la SV applique ces critères aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif où elle priorise évidemment le bien commun.

Comment peut-on, de ce point de vue, évaluer les récentes élections municipales québécoises? Globalement, de manière assez sévère!

D’abord pour le taux de participation électorale, qui se situe encore une fois au-dessous de la barre du 50% (à Montréal, de loin la plus grosse ville au Québec, à peine plus de 43%). Quand moins d’un citoyen sur deux daigne exprimer son opinion, nous avons un très sérieux problème collectif: comment construire un « vivre ensemble » (quel qu’il soit) avec une si faible participation à la définition des enjeux et des solutions?

Ensuite, pour les résultats obtenus où, à Montréal en particulier, on a fait la démonstration éclatante que les électeurs votent en fonction de l’image (ou de la notoriété) plutôt que du contenu. Peu importe nos préférences personnelles, force est de constater que les candidats qui ont mis l’accent sur l’image (Denis Coderre et Mélanie Joly) ont eu nettement plus de succès que ceux qui ont mis l’accent sur le contenu de leurs politiques (Richard Bergeron et Marcel Côté). Tant mieux si l’image cache aussi un contenu valable (les citoyens ne cherchent quand même pas activement l’incompétence!), mais tant pis si ce n’est pas le cas. Si un candidat n’a pas de charisme, son expérience ou ses propositions, aussi remarquables soient-elles, ont bien peu de poids dans la balance.

Ce qui soulève la question fondamentale de notre culture politique québécoise qui me semble encore bien peu développée. Certes, partout dans le monde, la publicité et l’image jouent un rôle malheureusement grandissant, ce qui est une conséquence inévitable de la marchandisation du monde. Mais il me semble qu’au Québec, nos émotions ou nos réflexes ataviques prennent trop souvent le pas sur l’analyse des faits et sur la réflexion. Et notre pauvre connaissance de l’Histoire ne nous aide pas en ce sens.

En élisant nos responsables municipaux, avons-nous conscience que nous choisissons le type de société (à plusieurs niveaux qui nous sont proches et quotidiens) que nous voulons construire? Ou nous contentons-nous d’élire des gestionnaires dont on attend essentiellement qu’ils s’assurent que les ordures et la neige sont ramassées efficacement en payant le moins de taxes possible? Au fond, en allant voter, sommes-nous des « acteurs » ou des « consommateurs » de notre vivre ensemble collectif?

Nous nous impliquons depuis plus d’un an, ma compagne et moi, dans un  projet de ruelle verte. Ces ruelles vertes, qui se sont multipliées depuis deux ans avec l’appui de l’administration du maire François Croteau dans l’arrondissement Rosemont-Petite Patrie, sont de véritables petits laboratoires de citoyenneté et de prise en charge du milieu. Non seulement au niveau environnemental (diminution des îlots de chaleur urbains, verdissement des quartiers, sécurité pour les enfants) mais tout autant au niveau des relations de voisinage (sortir les résidents de l’anonymat, favoriser les échanges, responsabiliser les citoyens et permettre certaines décisions communes).

Comme je l’écrivais dans mon billet « Une civilisation hors-sol », je suis convaincu qu’une collectivité a d’autant plus de chance de se construire autour d’un projet commun qu’elle demeure « à taille humaine ». Et dans nos grandes villes surtout, il importe que nous reprenions du pouvoir au niveau de notre voisinage, de notre quartier ou de nos arrondissements. On le voit bien à Montréal, malgré toutes sortes de problèmes qu’il reste à résoudre, dans la vitalité et la reprise en mains qui se manifestent dans plusieurs arrondissements, sans avoir à attendre que toute la ville (et encore moins toute la communauté métropolitaine!) finisse par se mettre d’accord.

C’est là que je trouve le remède à ma déprime électorale.

(Publié dans Les 7 du Québec le 7 novembre 2013)

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